Marmotte insomniaque

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Promenade le long de l’Almont

vendredi 20 juin 2008, par Rémi Rouquette

Toute la famille est partie tenter de se casser la figure sur un accro-branche. Comme je suis moins casse-cou et que Clémence vient seulement de passer le cap des onze mois, nous partons nous promener, elle installée dans le très confortable sac à dos acquis par ses parents, moi dans mes chaussures de randonnée neuves.

Sortis de la maison, nous descendons tout de suite vers l’Almont, petit affluent de la Seine aussi dénommé Ancœur. Cet Almont là est celui dont Fouquet détourna et canalisa les eaux pour les jardins du château de Vaux-le-Vicomte, contribuant à faire pâlir de jalousie le Roi-Soleil, qui s’en vengea fort bien. Mais l’Almont est parsemé de plusieurs petits ponts, dont plus en amont, et trop loin pour le visiter aujourd’hui, celui de Cézanne, toujours lieu de rendez-vous galants et peut-être adultères, près duquel il me plaît parfois de poser mon vélo pour me rafraîchir à ma gourde.

Nous descendons donc rapidement vers ce modeste affluent, et nous passons sous la rocade, dans un lieu bruyant et souillé des inévitables détritus que les automobilistes se croient obligés de jeter depuis leurs véhicules. Nous contournons l’immense et saugrenu tonneau qui trône là, puis grimpons tout de suite vers Maincy, commune célèbre non seulement pour sa dioxine, mais aussi parce que son ancienne mairesse, confondant les poulets et les enfants, crut bon de nourrir ces derniers au pain dur, assorti cependant d’eau fraîche, pour les punir d’avoir des parents impécunieux ou distraits, ce dont elle fut elle-même bien punie en perdant son mandat.

Le coucou se met à chanter dans les bois de Maincy. Dans les premiers temps de sa vie, pour Clémence le son coucou était plus urbain qu’agreste ou forestier. C’est la passion extravagante (mais pas davantage que la mienne pour les champignons) de sa mère — ma fille — pour les horloges et autres indicateurs du temps qui est l’origine de cette étrangeté qui fait croire à ma petite-fille que l’oiseau imite l’horloge. Mais la petite Clémence dans son sac à dos n’est désormais plus surprise d’entendre coucou hors de chez elle. Ses proto-vocalisations qui ne sont déjà plus du gazouillis mais encore des mots, paraissent davantage exprimer la satisfaction du déjà entendu que la surprise d’ouïr coucou dans les bois. Je suis néanmoins persuadé que pour elle le coucou restera une prouesse de l’horlogerie helvète plutôt qu’un oiseau réputé parasite et volage.

Traversant les bois de Maincy, la chienne de mon épousehélène, la dénommée Strychnine, pour une raison dont je ne sais plus si elle est propitiatoire ou apotropaïque[[merci énimie pour la correction[[ ne sent pas un lièvre que j’aperçois, ce qui me fait pousser un soupir de soulagement, tandis que la petite Clémence s’endort doucement, maintenant que le coucou s’est tu.

Je marche dans les bois, redescend un peu le vallon et je débouche en face du cimetière où je croise deux dames d’à peu près mon âge — c’est-à-dire trop faible pour être âgé mais trop vieux pour être encore jeune — qui croient bon de m’informer que le bébé là haut dans son sac à dos, dort. Comme j’ai du temps à perdre et que la route est tranquille, je prends un instant pour leur expliquer que je le sais car une bébée qui s’endort fait pencher le sac d’un côté, dans son cas toujours à gauche, et cesse radicalement toute tentative de vocaliser, de gazouiller ou de chanter.

Je contournes le vieux cimetière de Maincy, traverses l’Almont à l’emplacement d’un ancien gué aujourd’hui renforcé d’une passerelle de pierre pour piéton afin d’éviter de se mouiller les pieds.

Nous remontons les rives de l’Almont, Clémence toujours dormant et moi lorgnant les bords du chemin pour le cas où quelque tricholome, entolome ou autre fruit chtonien du printemps aurait fait son apparition. Mais non, rien n’a poussé, sans que je susses alors que cela n’allait pas tarder.

Je ne sais si c’est le soleil qui point un peu, ou le gazouillis des oiseaux, mais je sens que dans le sac à dos, les pieds remuent, les bras bougent, le buste se redresse, la tête se lève. La petite Clémence est réveillée et se met à commenter, notamment la baignade d’une Strychnine temporairement et approximativement propre.

Nous arrivons jusqu’au mur de Fouquet où l’eau qui ne s’est pas noyée dans les méandres d’un jardin presque royal ressort et forme une petite retenue où s’ébattent une cane et ses canetons à peine éclos . Je crois entendre Clémence répéter bébé canard mais sans doute est-ce l’imagination d’un grand père gâteau qui de surcroît a cru bon de relire quelques livres sur comment la langue vient aux enfants.

Nous décidons de retourner sur nos pas pour garder le chemin le plus agréable. Mais comme la chaleur printanière monte doucement, quoique ce mois de juin soit plutôt frais, il est temps de poser le sac à dos pour s’ôter une épaisseur à Clémence et à moi. La bébée Clémence en profite pour réclamer une petite séance de marche autonome, fort ardue dans ce chemin bosselé, de sorte qu’elle remonte vite dans son sac à dos (enfin, c’est une façon de parler).

Nous croisons de nouveau la route de Maincy à Aubigny ainsi que juste après deux chiens plus crades que Strychnine, qui jouent avec elle sous les yeux d’une petite fille peut être blasée d’admirer le ludisme canin mais ébahie de voir une bébée sans poussette.

Après la croisée de quelques chemins et de cyclistes saluant, nous voilà, Clémence désormais chantant, en train de redescendre par le quartier de la Coudray, vers cet Almont que nous traversons et longeons par la rive droite, en passant devant un élevage d’oies et de canards, qui se sont gavés de cerises et que Clémence commente.

Il est temps d’arriver, le petit creux ne va pas tarder.

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